Y'a ben des fois que j'ai touché le fond sans vraiment le chercher. Écrasé sur plancher le plus rugueux du monde, celui qui t'écorches les pieds aussitôt que t'essaies de t'y tenir debout, celui qui ne fait qu'une bouchée de la plus épaisse des cornes, je restais immobile les yeux rivés vers la surface. À une telle profondeur, le monde extérieur montre enfin son vrai visage. J'ai réalisé, au moment où la pression a fait plier ma rétine et crever mes tympans, que la vérité était là, tout en haut, si haut qu'aucun souffle d'aucun air même le plus pûr, qu'aucun poumon, même le plus plein, quand même ben j'en aurais deux paires, ne me permetterait d'y accéder une dernière fois.
Cette face qui s'est révélée, c'était celle des vagues. Sur le dos de la houle, la vie s'étire jusqu'à ce qu'elle soit tellement floue, imperceptible.
Je restais cloué au fond, le poids de l'épiphanie empêchait mon corps de remonter. J'étais de bois et pourtant je ne flottais pas, un bois pourri, un petit tronc coupé trop jeune, une pitoune oubliée à la drave, un frêle olivier stérile et triste. Mes fruits ont pour noyaux les mêmes pierres qui servent à noyer les méchants loups. Je m'enracinais au creux du bassin, l'écorce emprisonnait mes hanches. J'étais pour y mourir sans me débattre, sans chercher à respirer, mais on m'a déffriché.
Hors de l'eau, mou comme une algue, j'ai senti les lèvres d'une femme se poser sur moi, douces comme le plumage des oies au mois de mai. Cette samaritaine, elle m'a aimé trop fort.
Depuis qu'elle n'est plus là, le fond, je le cherche. J'y retourne par moi-même. J'y passe le plus de temps possible dans l'attente que ma belle me tire hors de l'eau. Au moment où mon souffle est sur le point de s'éteindre, je ressens toujours cette sensation d'une pureté inégalable. Même si je suis à quelques secondes de mourir, c'est une impression de renaissance qui s'empare de moi. Comme un foetus le dernier jour du neuvième mois, je m'élance vers la lumière avant de suffoquer. À cet instant précis où m'étrangle la brûlure de l'oxygène, à partir de cette fraction de seconde où la vie s'injecte en moi, toute cette eau qui aurait dû m'étouffer se transforme en la plus violente des cascades, en rapides létales, en rivière polluée de peine. C'est le delta lacrimogène de ces souvenirs de nous qui se déverse dans le golfe que même la solitude a déserté.
samedi 3 octobre 2015
mercredi 26 août 2015
Duane dans Annie Hall
Faisait un criss de bout que j'avais pas eu envie d'me faire du mal
Faudrait des tites pullules pour m'empêcher de capoter avec ça
Des tites pullules pour pas que j'caliss mon char full pine en sens inverse.
Ce serait marqué ça sur le pot, parce que je vis une grave situation.
Fuck all écrit rien depuis avril pis encore là les derniers textes disent toute la même affaire
Bah ouais je vis une grave situation. Trisse trisse, trisse en criss.
Ça fini tout le temps que j't'après compter mon change voir si je n'aurais pas assez pour m'acheter un paquet d'cloppes avant d'péter au frette. Être peintre j'te ferais des esquisses de fond de poche, des croquis de gencives qui saignent, des musées remplis avec des copies d'une peinture du musée rempli de copies de peinture de musée.
J'aurais pas assez d'idées pour te faire autre chose. Pas tu suite en tout cas, faudrait j'y pense, faudrait j'm'injecte une couple de shots de jameson dans l'fond d'la gorge, guérir mes amygdales avec des jus corrosifs de vieille tinque à fort de fond de frigidaire, faudrait j'fume des bats jusqu'à temps que j'vomisse d'la boucane.
Là j'te dis j'regardrais la lune longtemps, assis dans l'noir dans mon char qui pue. J'irais gratter ma guit un peu pis j'trouverais rien d'intéressant, j'enregistrerais ma voix en double pis j'la pannerais d'un bord pis d'l'autre j'me prendrais pour Elliott Smith pis un peu Nick Drake, j'me prendrais pour un osti de grand artiste, j'continuerais à croire que j'ai de l'avenir dans le monde de l'auto-esclavagisme.
Après toute ça, j'm'avouerais que la raison pour laquelle j'suis dans cet état là pour commencer c'est parce que j'ai scrappé ma vie en te mentant. Je vis une grave situation pis c'est vraiment d'ma faute en esti. D'valeur que j'aille trop peur de me manquer.
Faudrait des tites pullules pour m'empêcher de capoter avec ça
Des tites pullules pour pas que j'caliss mon char full pine en sens inverse.
Ce serait marqué ça sur le pot, parce que je vis une grave situation.
Fuck all écrit rien depuis avril pis encore là les derniers textes disent toute la même affaire
Bah ouais je vis une grave situation. Trisse trisse, trisse en criss.
Ça fini tout le temps que j't'après compter mon change voir si je n'aurais pas assez pour m'acheter un paquet d'cloppes avant d'péter au frette. Être peintre j'te ferais des esquisses de fond de poche, des croquis de gencives qui saignent, des musées remplis avec des copies d'une peinture du musée rempli de copies de peinture de musée.
J'aurais pas assez d'idées pour te faire autre chose. Pas tu suite en tout cas, faudrait j'y pense, faudrait j'm'injecte une couple de shots de jameson dans l'fond d'la gorge, guérir mes amygdales avec des jus corrosifs de vieille tinque à fort de fond de frigidaire, faudrait j'fume des bats jusqu'à temps que j'vomisse d'la boucane.
Là j'te dis j'regardrais la lune longtemps, assis dans l'noir dans mon char qui pue. J'irais gratter ma guit un peu pis j'trouverais rien d'intéressant, j'enregistrerais ma voix en double pis j'la pannerais d'un bord pis d'l'autre j'me prendrais pour Elliott Smith pis un peu Nick Drake, j'me prendrais pour un osti de grand artiste, j'continuerais à croire que j'ai de l'avenir dans le monde de l'auto-esclavagisme.
Après toute ça, j'm'avouerais que la raison pour laquelle j'suis dans cet état là pour commencer c'est parce que j'ai scrappé ma vie en te mentant. Je vis une grave situation pis c'est vraiment d'ma faute en esti. D'valeur que j'aille trop peur de me manquer.
vendredi 13 février 2015
Douce
Où est passé cette lumière
Celle qui habitait au fond des tes yeux
Celle dont tu m'as fait cadeau
La fois qu'on a pris des photos de nous
Dans l'herbe haute au bord de l'eau
Le soleil tapait sur ta douceur
Sur tes épaules tachées de rousseur
Ce moment c'était le plus simple des moments
C'est maintenant que je comprends à quel point j'étais heureux
Quand je retrouve dans mon appartement
Quelques mèches de tes si beaux cheveux.
Celle qui habitait au fond des tes yeux
Celle dont tu m'as fait cadeau
La fois qu'on a pris des photos de nous
Dans l'herbe haute au bord de l'eau
Le soleil tapait sur ta douceur
Sur tes épaules tachées de rousseur
Ce moment c'était le plus simple des moments
C'est maintenant que je comprends à quel point j'étais heureux
Quand je retrouve dans mon appartement
Quelques mèches de tes si beaux cheveux.
jeudi 6 novembre 2014
Gimme Danger
Oh angel sexy angel my love baby girl blondie pulp tattoo lady sur le lit, coupe ma main lèche le sang sur le plancher. Ça te nourrira pendant le temps voulu. Je te donnerai mes galles à croquer, pliées comme des biscuits chinois. On prendra des photos de mon moignon à chaque jour voir comme il reste laid au fil du temps.
Ça ne m'empêchera pas de chanter, de me rouler en chest sur des bouteilles bières concassées.
Quand j'suis gentil trop longtemps ça m'rend fou. Je ne sais plus si je suis une fille ou un garçon.
Le sexe, le suicide, jouer de la guitare en souriant, la dépendance.
Refuser de dépendre et refuser de refuser de dépendre.
Dépenser tout son argent pour acheter des cigarettes. Payer le loyer en rouleaux de change qui manque des cennes dedans.
Ça ne m'empêchera pas de chanter, de me rouler en chest sur des bouteilles bières concassées.
Quand j'suis gentil trop longtemps ça m'rend fou. Je ne sais plus si je suis une fille ou un garçon.
Le sexe, le suicide, jouer de la guitare en souriant, la dépendance.
Refuser de dépendre et refuser de refuser de dépendre.
Dépenser tout son argent pour acheter des cigarettes. Payer le loyer en rouleaux de change qui manque des cennes dedans.
samedi 4 octobre 2014
Les brûlures de froid
T'as manqué notre slow.
T'étais j'sais pas où avec j'sais pas qui mais t'étais pas là.
C'tait un rêve que j'essayais déjà de ne plus rêver. C'tait un rêve bouillant, plus aride que tous tes criss de pays chauds.
J'dansais tout seul sous la boule disco pis j'regardais les autres s'aimer, plus tranquillement que ce que le mot tranquillement peut s'permettre de vouloir signifier en terme tranquillité. On parle ici de qualité exceptionnelle de tranquille. Une paix si forte qu'elle devenait sans le vouloir beaucoup plus douloureuse que toutes les guerres.
Et tout semblait s'additionner, les coups de coeurs en contretemps, mes trop nombreuses syncopes nocturnes. Ne penser qu'à toi pendant que mes organes meurent. J'me sentais fondre en goudron comme une toppe au soleil pis j'aimais ça sentir la marde de gars tout seul envahir mon espace parce que pourquoi laver tout ça quand dans l'fond ma marde dérange personne même pas moi j'suis crotté comme d'la chiasse mais m'dérange pas y'a personne pour me sentir pis m'dire que j'devrais donc m'laver j'sens l'criss c'est quasiment gênant.
Faque j'm'enfonce dans mes regrets. D'être tombé sur la défensive. Avoir pensé que peut-être que, que peut-être ci que peut-être ça, que peut-être oui que peut-être pas.
J'voudrais juste oublier que j'étais avec personne ce soir là quand la toune est partie. Pis que j'ai regardé le ciel en m'disant que c'était pour toi et moi ce moment là. Pas pour moi et toi.
J'm'ennuie de partager même si ça m'arrive jamais d'avoir le feeling que c'est nécessaire. M'en caliss du monde, j'ai rien à vous dire. Mais toi t'es pas du monde.
J't'aurais dansé ça les hanches pognées dans l'écorce, le coeur qu'y'essait de s'déprendre de son cocon de cholestérol.
Partir voler sur tes grandes ailes, jusque trop haut dans l'vent si fort, frette, là où la grêle a pas encore fondu. Soudain, aveugle. C'est la neige brûlante de l'amour qui m'a frosté din cils.
Tu m'as tombé dans l'oeil plus fort que la plus maudites des poussières.
Pis j'comprends pas encore pourquoi les brûlures de froid font toujours plus mal que les brûlures de chaud.
T'étais j'sais pas où avec j'sais pas qui mais t'étais pas là.
C'tait un rêve que j'essayais déjà de ne plus rêver. C'tait un rêve bouillant, plus aride que tous tes criss de pays chauds.
J'dansais tout seul sous la boule disco pis j'regardais les autres s'aimer, plus tranquillement que ce que le mot tranquillement peut s'permettre de vouloir signifier en terme tranquillité. On parle ici de qualité exceptionnelle de tranquille. Une paix si forte qu'elle devenait sans le vouloir beaucoup plus douloureuse que toutes les guerres.
Et tout semblait s'additionner, les coups de coeurs en contretemps, mes trop nombreuses syncopes nocturnes. Ne penser qu'à toi pendant que mes organes meurent. J'me sentais fondre en goudron comme une toppe au soleil pis j'aimais ça sentir la marde de gars tout seul envahir mon espace parce que pourquoi laver tout ça quand dans l'fond ma marde dérange personne même pas moi j'suis crotté comme d'la chiasse mais m'dérange pas y'a personne pour me sentir pis m'dire que j'devrais donc m'laver j'sens l'criss c'est quasiment gênant.
Faque j'm'enfonce dans mes regrets. D'être tombé sur la défensive. Avoir pensé que peut-être que, que peut-être ci que peut-être ça, que peut-être oui que peut-être pas.
J'voudrais juste oublier que j'étais avec personne ce soir là quand la toune est partie. Pis que j'ai regardé le ciel en m'disant que c'était pour toi et moi ce moment là. Pas pour moi et toi.
J'm'ennuie de partager même si ça m'arrive jamais d'avoir le feeling que c'est nécessaire. M'en caliss du monde, j'ai rien à vous dire. Mais toi t'es pas du monde.
J't'aurais dansé ça les hanches pognées dans l'écorce, le coeur qu'y'essait de s'déprendre de son cocon de cholestérol.
Partir voler sur tes grandes ailes, jusque trop haut dans l'vent si fort, frette, là où la grêle a pas encore fondu. Soudain, aveugle. C'est la neige brûlante de l'amour qui m'a frosté din cils.
Tu m'as tombé dans l'oeil plus fort que la plus maudites des poussières.
Pis j'comprends pas encore pourquoi les brûlures de froid font toujours plus mal que les brûlures de chaud.
vendredi 19 septembre 2014
Lazuli
La plus grande tristesse de ne pas s'aimer soi-même, c'est souvent de ressentir un amour utopique pour ceux qu'on voudrait être.
vendredi 15 août 2014
Du sirop pour mon rhume
La musique a débouché mon nez comme un sirop pour le rhume.
J'étais assis, première rangée, la table juste en avant des caisses de sons. Le chanteur avait pesé sur le piano, tout doucement. Mon mal était parti, mes reniflements, mes joues pluvieuses avaient séchées, prises par le vent des rumeurs. Il chantait comme un vieux disque, il se balançait sur son banc de bois en pressant ses pieds sur les pédales. Il laissait résonner le son plus loin que ce que la grange pouvait se permettre de résonances. Ça coûtait cher d'écho, on manquerait de sustain avant la fin de l'hiver mais au moins on aurait un belle sourdine neuve pour couper la note, une fois la fin venue.
Il chantait comme un vieux disque, plein de poussière en plus. Sa voix cassait comme de la porcelaine au plancher. Elle coupait la mousse de ma bière, elle dévissait lentement les visses qui rattachaient les poutres de la bâtisse ensemble. Tout aurait pu s'effondrer, en pleine campagne, personne n'aurait entendu et ç'aurait été parfait comme ça. Nous aurions pu mourir heureux d'avoir été les derniers à entendre la voix de cet ange morose et à voir les soubresauts intraveineux du folk lui sortir des doigts, lui donner cette agilité à passer d'une corde à l'autre par dessus la caisse usée de sa guitare, tout en chantant nombre de mots.
J'aurais tout donné pour qu'il soit bientôt voisin, l'entendre jouer la nuit, mon corps collé au mur pour faire l'amour aux vibrations. Sentir les basses du piano me chatouiller le bout du nez. Finalement m'endormir dos à dos avec les ondes, dans la chaleur et la sueur de la joie.
Depuis, j'ai compris que si je pouvais un jour être amoureux de nouveau, ce serait avec cette musique et rien d'autre.
J'étais assis, première rangée, la table juste en avant des caisses de sons. Le chanteur avait pesé sur le piano, tout doucement. Mon mal était parti, mes reniflements, mes joues pluvieuses avaient séchées, prises par le vent des rumeurs. Il chantait comme un vieux disque, il se balançait sur son banc de bois en pressant ses pieds sur les pédales. Il laissait résonner le son plus loin que ce que la grange pouvait se permettre de résonances. Ça coûtait cher d'écho, on manquerait de sustain avant la fin de l'hiver mais au moins on aurait un belle sourdine neuve pour couper la note, une fois la fin venue.
Il chantait comme un vieux disque, plein de poussière en plus. Sa voix cassait comme de la porcelaine au plancher. Elle coupait la mousse de ma bière, elle dévissait lentement les visses qui rattachaient les poutres de la bâtisse ensemble. Tout aurait pu s'effondrer, en pleine campagne, personne n'aurait entendu et ç'aurait été parfait comme ça. Nous aurions pu mourir heureux d'avoir été les derniers à entendre la voix de cet ange morose et à voir les soubresauts intraveineux du folk lui sortir des doigts, lui donner cette agilité à passer d'une corde à l'autre par dessus la caisse usée de sa guitare, tout en chantant nombre de mots.
J'aurais tout donné pour qu'il soit bientôt voisin, l'entendre jouer la nuit, mon corps collé au mur pour faire l'amour aux vibrations. Sentir les basses du piano me chatouiller le bout du nez. Finalement m'endormir dos à dos avec les ondes, dans la chaleur et la sueur de la joie.
Depuis, j'ai compris que si je pouvais un jour être amoureux de nouveau, ce serait avec cette musique et rien d'autre.
mardi 12 août 2014
Fraterniser avec l'ennui
Fraterniser avec l'ennui
À force de rembobinages
Des p'tits souvenir sur le 10 pouces
Qui me patrouillent comme une milice
Les grands chevaux font face aux vents
Me traînent par terre, nu dans la brousse
La pire traitresse c'est cette terre
Qui me salit à chaque jour
Sur les départs et le salut
Des équipiers qui lâchent tout
Qui lancent au loin leur moindre doute
J'en bave j'en mange j'exagère pas.
À force de rembobinages
Des p'tits souvenir sur le 10 pouces
Qui me patrouillent comme une milice
Les grands chevaux font face aux vents
Me traînent par terre, nu dans la brousse
La pire traitresse c'est cette terre
Qui me salit à chaque jour
Sur les départs et le salut
Des équipiers qui lâchent tout
Qui lancent au loin leur moindre doute
J'en bave j'en mange j'exagère pas.
dimanche 11 mai 2014
Ze rêve

J'ai eu tellement de questionnements ces temps-ci à propos de mes besoins, de mes raisons de vivre. Ça s'adonne que j'en ai pas tant que ça. Pas mal moins que j'pensais pour dire vrai. Ça va sembler simple si je les énumère. Ça va sembler court. Peut-être, mais ce qu'il faut savoir c'est que dans cette liste de belles choses se trouvent toute la profondeur de mon être. Toutes mes motivations, ma bonne humeur, mes sourires mes rires mes joies. J'dirais qu'il y a aussi de la tristesse, veux veux pas, y'en a dans à peu près tout. Par contre, j'avoue être aussi surpris que toi en t'affirmant tout de suite qu'encore là, y'en a pas mal moins que j'pensais. Pis ça fait ben mon affaire.
J'suis jamais chez nous. Sur la route, dans mon char, le moteur éteint, la radio qui parle et qui se dissipe dans le vent avec la boucane et son odeur. Dans l'stationnement d'la shop, parké en dessous des arbres, j'entends les branches craquer derrière dans le fossé qui sépare la gravelle et l'herbe. Un fossé plein d'esti de cochonneries. Sérieux c'est dégueulasse. J'suis certain que si on creusait, dix pieds de terre, on trouverait encore des butchs de toppe. Les musiciens qui viennent ici c'est une gang de fumeux de clopes. Une grosse gang de mottés. Y'en a des pires que d'autres tsé, des crottés, des pouilleux, des buzzés, des pardus, des mongoles à batterie, c'est comme dans toute, tsé y'a plein de sortes de chips, y'a plein de sortes de monde. Moi j'aime ça quand sont pas là. J'aime ça être tout seul dans la bâtisse. Après une demi-heure trois quarts d'heure, j'ferme la radio. J'sors dehors, j'm'assois sur la table à pique-nique, j'finis ma bière tranquille, pis j'rentre en d'dans. C'est niaiseux, mais j'pense que c'est ça que j'aime le plus de jouer de la musique. Faut s'préparer.
C'est important de se préparer. Vraiment important. Parce que si j'arrive au local, que j'commence à jouer, pas prêt, j't'énarvé, ça sonne moins. Y'a même des fois qu'ça sonne pas pantoute. Mon père me disait toujours, dans un contexte de discipline, que ce soit la musique ou le patin de fantaisie, y'a deux types de "performer". Y'a ceux qui sont prêts et ceux qui se préparent. C'pour ça que c'est important, vraiment important de se préparer. Parce que quand c'est l'temps de jouer, si t'es pas à 100% prêt, t'auras jamais 100% du succès que tu mérites.
Y'a rien de mieux, rien qui me donne autant de satisfaction, qu'une toune qu'y'a rentré en tabarnak. Quand tu pars à rire à la fin du dernier chord, pour aucune raison, parce que ton corps te dit de rire, parce que c'est une montée de bonheur dans l'cerveau qui fait exploser ta yeule avec un sourire innocent. C'est tellement l'fun, c'est la plus belle affaire qu'y'a pas. Voir dans les yeux de tes chums que vous croyez en les mêmes choses, que vous êtes là pour travailler ensemble, pour faire quelque chose de beau en criss. Faire dequoi qui va faire dire "ayoye" qui va faire dire "voyons donc". Moi ça m'fait dire j'ai hâte. J'ai hâte de recommencer, de la rejouer cette toune là qui m'fait vivre, qui m'fait passer à travers le temps plus vite que n'importe quelle osti de fusée.
J'suis certain que y'a du monde pour qui c'est la même affaire, mais avec autre chose. Y'en a que c'est cuisiner, y'en a que c'est lire des livres, regarder des films, voyager, écouter disques, s'asseoir au théâtre, classer une collection de roches, jouer au Parcheesi, s'toucher dans douche. C'est ça qu'y'est merveilleux au fond.
Le best c'est quand, comme moi, t'as trouvé du monde avec qui partager cette chose là. Le mieux ce serait d'en vivre, de pouvoir oublier tout le reste et juste faire ça, jouer d'la musique j'parle. C'est ça, ze rêve. J'pense que ça peut pas être plus clair.
samedi 11 janvier 2014
Reviens ma douce

Je sais quel bien réside en cet espoir que j'ai de te retrouver. J'ai pu goûter à ce sentiment de revenir en vie. J'ai touché un instant à cet amour intemporel.
Je l'ai gaspillé.
Je sais que te revoir me sauverait la vie. J'ai peut-être eu l'esprit bien las pendant quelques temps, mais même après toutes ces années, je peux dire avec certitude et sincérité que si tu restes hors de ma vie c'est que vraiment le bonheur est derrière moi.
Jamais mon coeur, dans cet état, pourrait laisser entrer quelqu'un. La chambre est peut-être réellement vide, mais tu es encore là. T'es sur les murs, les cadres et les peintures, dans toutes mes notes de musique, t'es dans chaque bon repas, dans tous les maudits films d'amour.
Je pense toujours à toi. Reviens ma douce, reviens doucement.
dimanche 5 janvier 2014
Cleveland

J'ai pris ma femme dans mes bras
Fort comme à ma dernière heure
La foule faisait lever le sable
La poudre sous les projecteurs
Tout était flou même le tableau indicateur
Les chiffres clairs dans les nuages
Sous le tonnerre, les confettis
La télé rejouait les images
Celles du plus beau jour de ma vie
Parmi les fous sur le terrain
Riaient beaucoup de mes amis
Ceux qui ont joué pour les indiens
Ceux qui comme moi ont tout donné
Pour à jamais graver l'histoire
Pointant le ciel, un doigt levé
Criant Cleveland c'est la victoire
Cleveland nous l'avons remporté.
samedi 28 décembre 2013
Nebraska

J'ai joué quelques chansons assis sur mon fauteuil, j'ai chanté tous les mots comme il le fallait, d'un trait et sans recommencer, laissant vivre les défauts, les imperfections, car je sais qu'au fond c'est très charmant. Ce sont de récentes compositions, même si la musique n'a rien de nouveau, rien d'avant-gardiste. Ce sont des mélodies qui furent peut-être déjà pensées, entendues même. Ça ne m'affecte pas parce que ce sont les bonnes, celles qui vont de paire avec les accords sur lesquels elles se couchent. C'est un couple que j'ai réuni après que plusieurs aient tenté de le séparer. C'est un couple simple, naturel, comme des amis de longue date qui s'embrassent pour la deuxième fois. Tout comme la première fois, it seems so right. La seule différence réside en ce soulagement d'enfin recommencer.
J'ai tout enregistré sur un film qui tournait silencieusement dans sa machine. J'ai réécouté mes chansons et ça m'a fait pleurer parce que je sais que jamais je ne pourrai les rejouer comme je l'ai fait durant ces instants précieux, captés sous le crépitement de la bobine.
mardi 17 décembre 2013
Le vieil amour

Toi ma torture intraveineuse
Doux antidote fugitif
Mon temporaire amour
Trouble lointain intermittent
On t'a saucé dans l'éphémère
T'a peint d'une fugacité
Sur des couleurs instables
Tu chutes en de très beaux lapsus
Tu passes par les faux-fuyants
Où sont sifflées les chanterelles
Si tu pouvais partir d'ici
T'irais sur une exoplanète
J'ai levé toutes les percalines
J'aurai tourné toutes les pages
Jusqu'à épreindre ma mémoire
Ne cessant de t'imaginer
Pour que tu ne puisses disparaître
Penser à toi jusqu'à me perdre
Jusqu'à briser mon coeur gélif
Qui dans le froid s'est laissé prendre
Une fesse une fesse

Je suis sur un viaduc perpendiculaire aux vents. C'est souvent comme ça, les camions passent sous mes pieds. Ils tirent des cargaisons de boîtes, des meubles, des chaises sur lesquelles personne ne s'est encore assis. Des animaux qui s'en vont mourir, des animaux qui s'en vont tout court pis des animaux emballés genre du jambon à l'érable. Peu importe ce qu'ils tirent dans leur ventre, ces camions là ils tirent aussi le vent. Ils percent la couche d'air froid, compacte mais fragile comme une vitre givrée et mon poing qui se coupe en la cassant parce que j'suis fâché. C'est une masse qu'on peut sentir, tu sais, quand ça sent l'hiver, on le sait tous que ça nous rend tristes. Nous sommes tous tristes et c'est pour ça que nous nous rassemblons. Il fait bon d'être tristes ensemble, ça nous rend heureux et on se garroche des pintes de bières dessus nous sommes mouillés et soûls j'adore nous voir dans le miroir derrière le bar, échevelés écrasés sur les tabourets, les pieds qui puent les manteaux qui sèchent et nos nez rougis les lueurs de chandelle qui éclairent notre morve. C'est formidable, je nous aime lorsque nous sommes ainsi.
Je suis sur le viaduc perpendiculaire au vent. Les camions tirent et je reçois la draft en plein visage. Je suis certain que vous avez déjà pensé à quel point le froid le plus froid se rapproche du chaud le plus chaud. C'est une brûlure. La seule différence c'est son odeur.
Pendant que j'ouvrais la bouche pour chanter, ma joue s'est fendue comme un glaçon dans une soupe lipton. Elle faisait le pare-brise depuis que j'étais descendu de l'autobus. J'avais chanté c'était de trop. Une harmonie haute et puissante, sur le pont de l'autoroute, là où personne ne peut entendre toute la beauté de mes syllabes. Je veux chanter toujours tout le temps même quand je marche dans la rue, près des maisons des gens qui dorment, qui vivent le jour quand moi je dors. Je veux chanter de tout mon corps, faisant des gestes comme les vieux chanteurs pour illustrer ce que je chante avec mes mains comme quand je les mets sur mon coeur en chantant je t'aime. Ça illustre l'amour que j'ai chanté, je suis sur que vous comprenez. Je tends mes mains vers la lune je lui parle de cette femme qui m'a blessé que j'ai blessé que je ne semble plus connaître ça fait longtemps que nous nous sommes aperçus. Je chante en regardant le ciel comme si c'était elle, comme si un satellite pouvait lui transmettre tout mon ennui et mon désespoir de lui parler, comme si elle ne dormait pas. Je suis quétaine. Nous sommes si différents.
J'ai de la neige jusqu'aux genoux je gèle et encore j'ai hâte d'être loin d'ici. J'aimerais qu'une nouvelle femme me garroche une pinte de bière. J'aimerais qu'elle soit si différente des autres femmes qu'elle me fasse oublier que je m'ennuie. J'aimerais qu'elle soit assise tout près de moi ou sur le même tabouret, une fesse une fesse on serait ensemble, inconfortables mais ça ferait rien, on s'engourdirait pour oublier qu'on a mal dans la craque et à cet instant on s'en foutterait parce que c'est ce qu'on aurait voulu depuis longtemps. Je sais que c'est bien ce que je veux, je veux m'asseoir tellement mal pour être si bien en même temps. On pourrait débouler les escaliers et rire en bas, faire des anges de Noël dans nos flaques de sang. On pourrait le recueillir pour peinturer, ce rouge est un si beau pigment.
vendredi 27 septembre 2013
Comme si t'étais encore là
Ta peau, c'est doux.
C'est chaud mais un bon chaud. Pas un chaud de fièvre, un chaud de feu. Mettons à cinq six pied d'un feu. C'te chaud là. Le chaud quand tu rentres au chalet, pis qu'les néons t'aveuglent un peu, ça t'fait voir vert ça t'fait voir croche. Chaud comme un fond d'shooter de fort, au creux d'un ventre couché su'l dos. Pis ta p'tite laine aussi est douce. Pis tes cheveux qui sentent la fraise, j'les sent d'icitte pis ça m'fait d'quoi. Ça cache l'odeur d'humidité, dans mon sous-sol plein de poussière. Tu laisses tout ça sur l'oreiller, quand tu t'en vas j'peux m'y coucher. Sentir que t'es p't-être pas si loin, perdu dans mon rêve éveillé.
C'pour ça que j'pense qu't'es encore là. T'es tout partout pis j'comprends pas. Comment ça s'fait qu'j'peux toffer ça. J'parle comme si t'étais encore là.
C'est chaud mais un bon chaud. Pas un chaud de fièvre, un chaud de feu. Mettons à cinq six pied d'un feu. C'te chaud là. Le chaud quand tu rentres au chalet, pis qu'les néons t'aveuglent un peu, ça t'fait voir vert ça t'fait voir croche. Chaud comme un fond d'shooter de fort, au creux d'un ventre couché su'l dos. Pis ta p'tite laine aussi est douce. Pis tes cheveux qui sentent la fraise, j'les sent d'icitte pis ça m'fait d'quoi. Ça cache l'odeur d'humidité, dans mon sous-sol plein de poussière. Tu laisses tout ça sur l'oreiller, quand tu t'en vas j'peux m'y coucher. Sentir que t'es p't-être pas si loin, perdu dans mon rêve éveillé.
C'pour ça que j'pense qu't'es encore là. T'es tout partout pis j'comprends pas. Comment ça s'fait qu'j'peux toffer ça. J'parle comme si t'étais encore là.
jeudi 19 septembre 2013
La p'tite Sara du bout du rang

C'était pétrifiant. L'air du dehors.
Après des mois d'enfermement et d'auto-séquestration, respirer c'était une douleur dont je commençais à oublier la sensation. J'étais finalement sorti d'un trait, en panique, réalisant le nombre de secondes qui s'étaient écoulées depuis que j'm'étais mis à arrêter d'exister. Le vent m'agrippait par le cou pis je sentais la rudesse de ses gants me grafigner la peau. C'était presque comme Darth Vader. J'comprenais rien.
En haut la lune me flashait ses hautes, l'Étoile noire mais blanche tsé.
Je m'étais parti une cassette de tounes tranquilles, une des premières de Bob Dylan, pis je marchais vers la grand route voir si le monde avait changé.
Aller s'promener si tard dans le village c'était comme être le seul insomniaque d'un grand dortoir. J'étais errant, j'étais tout seul.
À gauche, les bouées clignotaient vraiment pas fort, juste assez claires pour qu'on les voie mais pas trop vives, qu'on s'aveugle pas. À droite s'étaient encrées toutes les chaumières, face à la mer qui s'endormait. Tout ce que j'entendais c'était le ronflement des camions qui réchauffaient sur la traverse, les chuchotements de la marée, l'harmonica du vieux Sam qui restait sur l'second rang derrière le dépanneur.
Arrivé au bout d'la principale j'voyais pu rien j'entrais dans l'bois. M'restait pu rien que l'bungalow à p'tite Sara avant d'me perdre en caribou. Sur le côté de la maison y'avait une f'nêtre et sa lueur, une veilleuse sur la forêt, l'entrée des monts c'était par là.
Comme en souvenir, c'était pareille.
La p'tite Sara c'était ma blonde avant tout ça, avant que j'sèche dans mon salon les stores fermés sans voir le monde. Enfin sorti, et sans vraiment savoir pourquoi, j'étais là, devant chez elle, blanc comme un drap dans la nuit noire.
Dans la fenêtre y'avait sa chambre. Je la voyais dans un miroir.
Elle était belle et j'étais bien. Elle était nue comme en souvenir, en beaucoup mieux faudrait le dire. J'étais ému par sa candeur, mes yeux coulaient à cause du froid. Elle semblait chaude et confortable, prête pour l'amour et la passion. Elle se leva, alla s'asseoir, sur une chaise tout près de là.
J'avais envie d'aller cogner, prendre un caillou, le lui lancer, à sa fenêtre la déranger pour une danse de quelques pas.
J'avais envie de lui écrire, de longs textes plates, des paragraphes, de courts poèmes, des acrostiches, des mots quétaines sur une ardoise, jusqu'à ce que fêle ma plume, jusqu'à ce que meurent mes doigts.
J'aurais écrit tout un recueil de belles histoires où elle et moi, dans la prairie, on se s'rait fait des p'tits enfants.
Je jetterais tous mes avoirs, me redonnerais un brin de vie, me r'voir vivant une couple de fois. Y'est ben trop tard apparemment.
Y'a que Sara avait un chum, un beau grand brun, avec d'la gueule.
Faque en bout d'ligne, juste devant l'bois, j'étais errant, j'étais tout seul.
jeudi 12 septembre 2013
Celle en arrière de la Maison

Je me camoufle dans la craque du bonheur. Une limbe une crevasse. Une affaire creuse.
C'est long longtemps quand tu t'rends là. Une longitude dans l'mauvais sens du mot. Dans l'pas bon sens. Contresens, l'affaire à l'envers, l'affaire comme moi. Je suis un wrong way paqueté plein d'chars, je ne lisais plus les pancartes. J'avais une hache de plantée. Plantée dans tête. Une semence cervicale qui grandissait en arbre en fleurs en pollinisation en piqûre de bibitte abeille. C'était une grandissure, une enflure un fruit une prune sacrée une sacrée prune. Une colonie de rouge bouillant comme j'ai déjà pu l'expliquer dans d'autres poèmes. Rouge bouillant tsé le goudron sanguin l'essence en flammes les sens en femmes l'encens en l'âme qui se projette sur les murs de l'église la cage thoracique les saints les saintes l'essaim de bulles dans la bouilloire de mes veines. Ça fait ben trop d'mots pour tout comprendre.
Je t'expliquerais en t'allumant. Toi aussi, vierge de tout le mal qui règne en moi. Jeune de l'amour qui crie en toi. Née d'une banque de moments d'une souvenance et d'un répit. Celui quand je me satisfais. Quand je m'érode les neurones, à râteler les fonds de poussière, qui couvrent mes idées amères, du long soleil qui perce mes vues, qui change les scènes du métrage, qui me projètent sans me guider, qui m'étincellent émancipées, en un système organisé de peine, d'étranges honnêtetés.
Alors au ciel le seul crochet, c'est celui d'où pend la p'tite maison. Celle où ça parle devant l'perron. Où riment les conversations de ceux qui rêvent de leur partie. Au bord du lac des étendus, là où s'affaissent les brûlures, y'a la Grosse Femme qui sommeille. Pis Albertine. Y'a Josaphat pis la Victoire, qui s'aiment couchés sur le balcon, pour une demi-heure et quelques actes.
Derrière tout ça y'a un violon, les bras d'une femme qui me consume.
Qui joue les airs de mon enfance, qui m'étourdit à bout portant, et je m'enfonce dans l'endormi. C'était la mère de mes enfants. Des kids qu'on avait fabriqué. On s'étreignait à la brunante, pis pas mal plus que d'in chansons.
Une p'tite couverte pour mes vieux os, une douce peau où la nuit passe, j'envie tout ceux qui la regardent quand sa sensible rejoint le ton.
mardi 3 septembre 2013
Mon rêve avec des planètes dedans
C'est une perche qui m'accroche dans le volatile. Un bouquet de soupirs en congé, une semence qui s'inonde pour mieux émerger de la submestranse qui la couvait. Galilée sti d'perchoir, graffite le mur dans la cour de récré. Écris des poésies pas de ton temps pour t'en souvenir comme je m'en souviens. Des vieilles criss d'histoires de grand-papas. Donne leur de l'importance tu sais ces hommes ont éjaculé nos mères ils ont quelque chose à dire. Ce qu'ils diront, les crouleurs de mélanine, les shop-vac à peppermints, les forgerons de couteaux suisses, note-le bien dans ce calepin. Apprends-les par coeur, par ventre, par deux fois, par la bande, par ci par là, apprends-les, paresseux. Et propage-toi. Disperse-toi. Émancipe-toi. Volatilise-toi. Explose-toi. Tu es un gaz presque poison, un spectre étourdi qui calme les temps, qui dose les cuves de misère.
jeudi 8 août 2013
Le p'tit-escogriffe

C'tait l'silence ben raide dans l'trois et d'mi. Pas un son, rien sauf le bourdonnement de l'électricité qui montait d'in murs, rien que l'mince frottement de l'aiguille sur le sillon sans fin du dernier disque d'un ti-band de rock de amaricain, rien que la toux du voisin d'en haut pis son flushage de toilette qui passait mal d'in tuyaux, rien que l'click fatiquant du compteur d'eau, rien que l'cognage des gear sur les secondes d'la vieille horloge grand-mère accrochée à côté d'un portrait manqué de René Lévesque, rien que l'crépitement de mon tabac à chaque inspiration de douleur, rien que mon souffle en soupir et la boucane opaque qui s'mêlait en ch'feux dans la lumière du salon, rien que la fracture de mes nerfs sous l'poids d'l'émotion, rien que l'grincement d'mes dents qui cherchaient d'quoi à mâcher, rien que l'raclement du fréon dans l'fond du frigidaire aussi vide que mon ventre, aussi vide que mon litte. C'tait l'silence ben raide ouais.
Pis j'sais pas pourquoi mais moi j'restais là assis su' mon cul à r'garder des reprises d'émissions plates à Prise 2, en buvant d'l'orange crush tablette en attendant que mes croquettes de simili-poulet panées aient fini de cruster dans l'four. Criss de veillée B.S. Criss de vie sale hein?
Ok. Badtrippe pas. Des fois je l'aime la vie aussi, des fois.
Aujourd'hui j'tais en char pis j'ai croisé un ti-gars en bécycle. Y'avait une rallonge d'attachée après son banc de bécycle. Y tirait un genre de ti-trailer avec des tites-roues. Su son ti-trailer y'avait mit la tondeuse de son père. Pis y'a trainait. Y'avait l'sourire dans l'vent les dents sèches les yeux brillants, en liberté. Le ti-gars y s'était faite cinq-six piasses ça devait donc le titiller en d'dans ça devait y brasser la cage ça devait y twister a'garnotte dans spinouche à couliche. T'sais veux dire. Qu'est-ce c'est qu'y'irait donc s'acheter avec son argent?
Moi j'tais en char, j'er'venais de travailler à ma job de monsieur, pis cré moi que drette à ce moment là pile précis j'aurais donc voulu crisser mon char dans l'fleuve, me laisser couler d'dans pis renaître en ti-gars pis m'faire un trailer pour tirer la tondeuse de mon popa pis que mon popa y m'dise que j'ai ben fait ça couper le gazon en 45 comme un fairway esti comme un criss de beau fairway de golf vert stripé vert pâle l'été avec des mononcles dessus qui vantent la façon dont la pelouse est donc ben bien tondue juste avant de smasher le tee en slice au trou numéro 9.
J'aimerais ça pouvoir r'monter l'horloge de René, la r'monter d'un coup sec. J'reviendrais dans l'temps qu'j'tais insouciant, ti-cul, ti-noir, un vlimeux, un verrat, un tit-homme, un tit-escogriffe.
Au lieu de ça j'er'garde René pis j'me perd dans ses paupières pas assez tombantes à mon goût pis j'chiale, j'écris, j'me relis, là j'en braille une shot et pis ça passe.
Ça l'air nostalgique tout ça mais c'est surement juste à cause du disque que j'écoute quand j'change de toune ça m'change d'humeur y'a rien qui m'influence plus que la musique j'ai tout l'temps été d'même c'est surement ça qui m'reste le plus de mon jeune temps. Ça pis mon gros cul t'sais.
Badtrippe pas, j'pas en train d'me plaindre, c'pas mon testament c'est juste que j'm'ennuie. Tu t'souviens-tu toi l'temps quand on connaissait pas ça, l'amour? Quand les seules femmes dans ta vie c'tait ta mère la sienne pis les matantes à Noël.
J'essaye d'm'en rappeler là parce que des fois je l'oublie pis j'pense que la femme de ma vie c'tait la p'tite débarcante qui v'nait des Uropes. Oh ça aurait pu. Ç'aurait pu mais ça s'est pas adonné ça c't'une longue histoire j'te conterai ça plus tard ça m'tente pas d'y repenser à soir ça m'fait pas ben ben d'bien, déjà que j'pas top shape.
Bon ok, j'nous met un dernier disque après ça c'est toute hein.
J'vais mettre ce'là avec ton chanteur amaricain. Celui qui joue d'la musique à bouche. Je l'sais tu l'aimes ben ce'là. Y'est doux mais cru pis fort. Y fait mal en dedans tu trouves pas toi? En tout cas, y'est bon. Springteen son nom? Bruce Sprintseen. Chu jamais capabe de l'prononcer comme 'faut.
J'va m'endormir, je l'sais. J'm'endors ben quand ça joue c'te musique là. C'est comme si j'm'en r'tournais au chalet, comme si j'roulais su l'autoroute, pis que le monde lui reculait, ben loin derrière pour me laisser passer, un grand passage d'asphalte jusqu'à 'paix du lac, pêcher l'crapet soleil à 'branche filée, piler dans l'mou d'un beau fairway, cinq piasses d'in poches, en liberté.
samedi 27 juillet 2013
Le son de Saturne
Ça sentait le goudron sur l'avenue et j'avançais les pieds collés sur cette masse instable de poussière compressée. Rien pour soutenir toutes ces rumeurs écrasantes, ces voix d'on-ne-sait-où qui me soupiraient plaintes et balades. À peine avais-je mis les pieds sur le lit de la passerelle que déjà s'effaçait derrière le reflet de la lune sur les cheveux des grandes terres. J'avais beau me plisser les peaux, je n'y voyais plus rien. Un pied dehors, tout réapparaissait. En avant, deux courts lampadaires éclairaient la passerelle, vissés au sol entre les feuillus de l'autre côté des clôtures longeant l'allée. Rassuré par leur mince présence je m'engageai dans ce passage et oubliai tout ce qui aurait pu me précéder. Le chemin craqué par les veines d'un vieux chêne s'étendait par delà la frontière coupant les terres de la ville. J'entrais dans une mêlée de dormeurs, au milieu des ondes de ronflements, des échos d'étroites jouissances.
La passerelle fût bien assez tôt derrière moi et confus je marchais maintenant sur une route cristalline, lisse comme un duvet de virginité.
Je ne saurais expliquer pourquoi à cet instant je commençai à bouillir très fort à l'intérieur. Un feu rageait en moi, les braises d'une explosion, j'avais cette imprévisible sensation que mes organes partaient en fusion. Et quand enfin tout s'arrêta, de ma bouche s'écoulèrent les cendres de l'attentat, un magma de peine noir et luisant. Sur le chemin net et précieux gisait l'éruption dégueulasse de mes refoulements.
Une victime au sol, un papillon de nuit, l'aile consumée, jamais plus ne volera.
Je m'allumai une cigarette puis décampai, loin du triste graffiti de vomissures.
Devant, la route s'envolait vers le ciel, des poutres de béton montaient au firmament. En bas, sur l'autoroute, quelques voitures filaient vers les dortoirs, vers les refuges de respires, où la sustentation des mineurs neuf s'éternisait encore entre deux pièces de folklore.
En haut du viaduc tout était grand, même mes bras, longs et fins comme deux baguettes de tambour. Devant Saturne je vacillais, trop étourdi pour retenir toute l'étendue de sa rythmique, toute l'ampleur de sa vibrance. Je saturais sous les anneaux, pris dans la gorge de cette chanteuse, de cette planète ahurissante, congelé dans le soupir ondulatoire de son volume, dans l'armistice de sa beauté.
Rumeurs et voix venaient de là, fredons étranges du trépas, dans mes oreilles leurs distorsions : "Saute, vas-y, saute donc en bas."
La passerelle fût bien assez tôt derrière moi et confus je marchais maintenant sur une route cristalline, lisse comme un duvet de virginité.
Je ne saurais expliquer pourquoi à cet instant je commençai à bouillir très fort à l'intérieur. Un feu rageait en moi, les braises d'une explosion, j'avais cette imprévisible sensation que mes organes partaient en fusion. Et quand enfin tout s'arrêta, de ma bouche s'écoulèrent les cendres de l'attentat, un magma de peine noir et luisant. Sur le chemin net et précieux gisait l'éruption dégueulasse de mes refoulements.
Une victime au sol, un papillon de nuit, l'aile consumée, jamais plus ne volera.
Je m'allumai une cigarette puis décampai, loin du triste graffiti de vomissures.
Devant, la route s'envolait vers le ciel, des poutres de béton montaient au firmament. En bas, sur l'autoroute, quelques voitures filaient vers les dortoirs, vers les refuges de respires, où la sustentation des mineurs neuf s'éternisait encore entre deux pièces de folklore.
En haut du viaduc tout était grand, même mes bras, longs et fins comme deux baguettes de tambour. Devant Saturne je vacillais, trop étourdi pour retenir toute l'étendue de sa rythmique, toute l'ampleur de sa vibrance. Je saturais sous les anneaux, pris dans la gorge de cette chanteuse, de cette planète ahurissante, congelé dans le soupir ondulatoire de son volume, dans l'armistice de sa beauté.
Rumeurs et voix venaient de là, fredons étranges du trépas, dans mes oreilles leurs distorsions : "Saute, vas-y, saute donc en bas."
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